Quand je lis les premières
strophes de ce poème, je pensais qu’il était heureux. Hélas, il n’est pas
heureux mais si est belle et profonde. Le sujet est les yeux, mais aussi la vie
que réside dans les yeux. Les yeux ont vu les belles choses mais les nuits sont
plus douces. Comme les étoiles, ils brillent mais contrairement à eux, ils ne
sont pas éteints. Ils voient tout simplement quelque chose que nous ne pouvons
pas.
Les
Yeux
De
Sully Prudhomme
Bleus
ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Des
yeux sans nombre ont vu l'aurore ;
Ils
dorment au fond des tombeaux,
Et
le soleil se lève encore.
Les
nuits plus douces que les jours,
Ont
enchanté des yeux sans nombre ;
Les
étoiles brillent toujours,
Et
les yeux se sont remplis d'ombre.
Oh
! qu'ils aient perdu le regard,
Non,
non, cela n'est pas possible
Ils
se sont tournés quelque part,
Vers
ce qu'on nomme l'invisible.
Et
comme les astres penchants
Nous
quittent, mais au ciel demeurent,
Les
prunelles ont leurs couchants,
Mais
il n'est pas vrai qu'elles meurent :
Bleus
ou noirs, tous aimés, tous beaux,
Ouverts
à quelque immense aurore,
De
l'autre côté des tombeaux
Les
yeux qu'on ferme voient encore.
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